Pansé Amérindiens


Réveil du shamanisme

Nous sommes en train de vivre un profond réveil spirituel. Après environ 2000 années où nous avons vécu dans un dogmatisme religieux, nous nous rapprochons d’un niveau spirituel plus conscient, holistique et libre. Ceci est un fait transcendant dans le processus de l’humanité, ce qui signifie en d’autres termes un changement de conscience. Aujourd’hui nous possédons une nouvelle dimension sur l’esprit, l’âme, la vie, l’alimentation, la paix, les relations sociales, la politique, etc..
Une étape est en train de s’achever et de ses cendres renaît une nouvelle où nous allons en finir avec l’intolérance, l’irrespect, l’irresponsabilité, le racisme, l’arrogance. Évidemment, en ce nouveau vécu de l’humanité, il restera en mémoire consciente les guerres religieuses et politiques (en définitif c‘est pareil) qui ont fait la conscience de cette forme de vie dans le cycle humain. Durant près de 3000 ans combien moururent au nom de dieu, c’est à dire, d’un pouvoir économique et politique dogmatique.
En d’autres termes, se fut une étape de peur, de persécution, d’extermination de tous ceux qui n’étaient pas dans cette conception de vie. Si nous pensons seulement à ces 500 dernières années, au moment où l’Europe médiévale décida de conquérir le monde, avec des millions de morts : personnes, cultures, langues, géographies, etc. En ces dernières 200 années avec l’apogée du rationalisme et du scientisme combien de visions, cultures, philosophies furent jugées de superstition, fétichisme, fanatisme, sectes. C’est à dire les vraies sectes religieuses, fondamentalistes qui au nom de leur vérité prétendirent faire disparaître les autres.
Aujourd’hui nous sommes arrivé à une « démocratie » spirituelle, nous sommes en contact avec différentes manifestations spirituelles de l’humanité, d’aujourd’hui, d’hier et de toujours. On en termine avec les sauveurs, les messies, les intermédiaires de dieu. Aujourd’hui ce n’est déjà pas facile qu’un peuple conquis par un autre peuple puisse le soumette à ses conceptions de vie. Aujourd’hui il y a une communauté internationale vigilante des ces processus. Il est clair qu’il s’agit encore d’une explosion désordonnée, chaotique, qu’il y a beaucoup de mode, fanatisme, commerce, manipulation, charlatanisme. Mais c’est normal, comme tout réveil par principe c’est comme un enfant qui veut toucher à tout, savoir tout, jouer avec tout. Petit à petit les eaux prendront leur cours et suivront un courant plus homogène. Tout n’est pas totalement terminé avec les nombreux schémas imposés mais en cette nouvelle étape de l’humanité ils vont en s’ajustant. A partir de 2012 nous entrerons en l’aube d’un nouveau jour solaire. Ceci est quelque chose d’astrologique et mathématiquement vérifiable. La Nasa sait que les mouvements solaires petits et grands, par exemple le dernier mouvement du champ magnétique du soleil s’est opéré en 2001 et que en 11 ans il y en aura un autre. Aussi ce n’est pas un hasard, il y a une synchronie dans le temps et dans l’espace, c’est à dire que l’énergie universelle est consciente, intelligente et génère distincts processus à l’intérieur d’elle- même. L’intéressant est de savoir que les Mayas le savait déjà, les Incas aussi et certaines cultures avec un haut développement scientifique. C’est à dire leurs astronomes, leurs maîtres, leurs scientifiques, leurs leaders, leurs médecins; en résumé leurs shamans, qui réunissaient toutes ces qualités, déjà l’avaient étudié dans la carte céleste et dans la conscience énergétique. Ces shamans qui manœuvraient et contrôlaient tous ces sciences et arts, purent entrer en la conscience universelle et comprirent un certain nombre de leurs mystères qu’ils ont remis aux nouvelles générations. Cela signifie que le shamanisme continue son processus de connaissance des secrets et mystères de l’univers, de l’énergie, de la conscience. Je veux dire que le shamanisme n’est pas seulement une connaissance des rituels, des plantes, de la médecine mais une connaissance scientifique de l’énergie, une étude profonde de la conscience, un exploration totale de l’esprit. Peu à peu vont surgir ces shamans, aujourd’hui il existe quelques débutants et d’autres initiés au shamanisme. Le shamanisme de ce nouveau temps se présente comme une synthèse de connaissances, d’expériences, de techniques et méthodes de différentes traditions de l’humanité. Aujourd’hui dans ce qui resurgit du shamanisme, se présente de nouvelles options afin de permettre à l’humanité de faire un pas de plus dans son réveil individuel. C’est à dire tout changement obéit à un changement personnel, si chacun fait sa part, en mettant son énergie à ce grand devenir de l’énergie libérée.

Atawallpa Oviedo - Sept. 2005

LE CHAMANISME ESSENTIEL

Le chamanisme fut anciennement pratiqué par une élite sacerdotale et ce que nous connaissons comme chamanisme, surtout au Pérou, après 500 années, ce n’est pas le chamanisme authentique, parce que ce chamanisme à retirer le travail d’auto-découverte. Nous pourrions dire que le chamanisme qui se pratique maintenant est comme la médecine officielle, où le patient va chez le médecin pour régler le problème et le docteur essaye de trouver une solution à son affection à travers d’une substance chimique sans arriver à l’essence de la maladie.

Dans le travail d’auto-découverte nous devons savoir que l’homme, selon la conception andine, a trois niveaux, pour pouvoir avoir l’opportunité de se découvrir : le premier niveau qui s’appelle Hanan Pacha ou un monde spirituel ; le second niveau ou Kay Pacha, le monde d’ici et maintenant, des pensées et les actes de la vie quotidienne ; et le troisième niveau, le Uku Pacha, qui est le niveau dense, le niveau de l’ego. Comprendre et connaître cela est très important dans la vision chamanique. Le chaman sait qu’il existe ces trois mondes, extérieurement et aussi intérieurement.

Le chaman moderne, reste dans le monde de Kay Pacha, c’est à dire, le monde de l’ici et maintenant, des problèmes quotidiens et des problèmes physiques, mais n’aborde pas le thème de fond. Il reste en le Kay Pacha. Il a aussi une grande connaissance de ce qu’est le monde de Hanan Pacha ou monde spirituel.... quand quelqu’un commence à étudier et à travailler avec le chamanisme, cela lui donne la connaissance d’un autre type d’énergie. Percevoir l’aura, par exemple, cela n’est pas une chose extraordinaire sinon bien ordinaire quand on est en train de travailler avec le chamanisme.

Il semble que la société tibétaine parle très tranquillement et joyeusement des questions de réincarnation. C’est quelque chose de culturel. Et dans le chamanisme aussi c’est quelque chose de culturel de parler des énergies. Les énergies qui soignent, les énergies qui rendent malades. Mais autre chose distincte dans le contexte du chamanisme c’est l’Esprit et les différents niveaux spirituels. Autre chose aussi, c’est la prise en compte des différents éléments ou compartiments de notre subconscient pour découvrir l’ego. Aussi, c’est quelque chose qui n’existe pas dans le chamanisme moderne, il n’existe pas la partie supérieure de la spiritualité.

Quelque chose qui succéda aux sphères chamaniques fut précisément que nous avons abandonné l’auto-découverte, nous avons abandonné le travail psychologique et spirituel, parce que le travail psychologique et spirituel requiert un effort. Et pour nous lancer à la recherche de l’auto-découverte et aller vers d’autres sphères spirituelles, nous avons besoin d’énergie et si nous n’avons pas d’énergie, nous n’avons pas cette passion avec laquelle investir et nous rend redevable de ces mystères qui sont dans l’Univers.

La spiritualité n’est pas seulement liée à l’idée de l’esprit, au propre du terme, ni à l’acquisition de certaines facultés pour percevoir l’énergie ou avoir certaine intuition avant certains événements. Nous pourrions dire que cela sont les rudiments de ce que pourrait être une spiritualité triomphante de la vie de l’homme. Aussi, c’est dans le chamanisme essentiel que nous pouvons nous rencontrer nous-même... Ce que je veux mettre en avant est qu’il existait un chamanisme d’un haut niveau de conscience et qui était basé fondamentalement sur l’auto-découverte, qui allait plus loin que ces actions de magie ou de sorcellerie qui se pratiquent communément aujourd’hui et qui n’ont rien à voir avec ce que fut le chamanisme essentiel ou aristocratique qui existait à des époques anciennes dans tous les coins de la planète Terre.

Aussi, le travail du chamanisme essentiel n’est pas simplement de faire état de cela. Non, l’orientation que je tiens personnellement et que les maîtres avec qui je travaille me donnent, c’est précisément que nous avons une perception au sujet de notre travail spirituel et au sujet duquel il nous reste de l’énergie et qui nous coupe les forces nécessaires à l’investigation et la connaissance de cette autre part de notre univers que nous ne connaissons pas ; pour que de manière consciente et systématique nous fassions notre travail spirituel, notre objectif fondamental.

Nous avons tant de tentations dans le monde physique, tant d’occupations ou préoccupations que nous nous coupons fortement de ce qu’est notre objectif de travail intérieur, mais nous devons nous faire un objectif et ce dessein doit être inébranlable... S'il n’y a pas un objectif que nous considérons comme quelque chose de sacré, il faut savoir que nous mourrons sans avoir expérimenté le beau, sans avoir expérimenté l’amour et ici sur la Terre nous sommes venus expérimenter l’amour.

Quand dans le chamanisme on ne travaille pas ces règles, alors seulement le chaman pourra voir les serpents, il pourra seulement voir les jaguars, les muses, mais il ne pourra pas voir l’Essence de l’Esprit, il ne pourra pas réaliser un excellent travail d’auto-découverte.

Notre intérêt doit être directement l’Esprit, parce que l’Esprit est la clef, c’est comme se trouver en un lieu stratégique depuis lequel on observe et de cette observation, de cette contemplation on résout, depuis l’Esprit même, depuis le cœur.

Juan Ruiz Niapauri

 


Lettre du Chef Seatle

Comment peut-on acheter ou vendre le firmament, et même la chaleur de la terre ? Une telle idée nous est inconnue. Si nous ne sommes pas les maîtres de la fraîcheur de l'air ni de l'état des eaux, comment pourriez-vous les acheter ?... Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque arbrisseau de pin, chaque grain de sable sur les plages, chaque goutte de rosée dans les bois obscurs, chaque colline et jusqu'au chant de chaque insecte sont sacrés à la mémoire et au passé de mon peuple. La sève qui circule dans les veines des arbres porte en elle les mémoires des Peaux Rouges.

Les morts de l'homme blanc oublient leur pays d'origine quand ils entreprennent leurs passages parmi les étoiles ; par contre, nos morts ne peuvent jamais oublier cette terre généreuse, étant donné qu'elle est la mère des Peaux Rouges, les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle ; sont nos frères. Les rochers escarpés, les près humides, la chaleur du corps du cheval et l'homme, appartiennent tous à la même famille.

A cause de cela quand le grand chef de Washington nous envoie le message qu'il veut acheter nos terres, il dit qu'il nous en réservera un où nous pourrons vivre confortablement. Il se convertira en notre père et nous en ses fils. A cause de cela nous allons considérer son offre d'acheter nos terres. Cela n'est pas facile étant donné que cette terre est sacrée pour nous. L'eau cristalline qui coule dans les fleuves et les ruisseaux n'est pas seulement de l'eau, elle représente aussi le sang de nos ancêtres. Si nous leur vendons les terres, ils doivent se souvenir qu'elle est sacrée et ils doivent en même temps enseigner à leurs enfants qu'elle l'est, que chaque reflet fantasmagorique dans les eaux claires des lacs, raconte les évènements et les mémoires des vies de notre peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père, de mon père. Les fleuves sont nos frères et étanchent notre soif, ils sont porteurs de nos canoës et alimentent nos fils.

Si nous vendons nos terres, vous devez rappeler et enseigner à vos fils que les fleuves sont nos frères et sont aussi les vôtres, et que par conséquent vous devez les traiter avec la même douceur que l'on traite un frère. Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas notre mode de vie. Il ne sait pas distinguer entre un morceau de terre et un autre, étant donné que c'est un étranger qui arrive de nuit et prend la terre dont il a besoin. La terre n'est pas sa sœur mais son ennemie et une fois conquise il suit son chemin, en laissant derrière lui la tombe de ses parents. Ils traitent leur mère, la terre, et leur frère, le firmament, comme des objets qui s'achètent, s'exploitent et se vendent comme des moutons ou des grains de couleur. Leur appétit dévorera la terre en laissant derrière eux seulement un désert.

Je ne sais pas, mais notre mode de vie est différent du vôtre. La seule vue de vos villes rend tristes les yeux du Peau Rouge. Mais c'est peut-être parce que le Peau Rouge est un sauvage et ne comprend rien. Il n'existe pas de lieu tranquille dans les villes de l'homme blanc, il n'y a pas de lieu où l'on puisse écouter comment les feuilles des arbres s'ouvrent au printemps ou comment les insectes battent de l'aile. Mais ce doit être parce que je suis un sauvage qui ne comprends rien. Le bruit seul semble insulter nos oreilles. Et après tout, à quoi sert la vie si l'homme ne peut écouter le cri solitaire de l'engoulevent, ni les discussions nocturnes des grenouilles au bord d'un étang ? Je suis un Peau Rouge et je ne comprends rien.

Nous préférons le doux murmure du vent sur la superficie d'un étang, ainsi que l'odeur de ce même vent purifié par la pluie de midi ou parfumé des arômes de pin. L'air a une valeur inestimable pour le Peau Rouge, étant donné que tous les êtres partagent un même souffle ; l'animal, l'arbre, l'homme, nous respirons tous le même air. L'homme blanc ne paraît pas conscient de l'air qu'il respire ; comme un moribond qui agonise durant de nombreux jours, il est insensible à la puanteur.

Mais si nous vous vendons nos terres vous devez vous souvenir que l'air est inestimable pour nous, que l'air partage son esprit avec la vie qu'il soutient. Le vent qui donna à nos grands-pères le premier souffle de vie, reçoit aussi ses derniers soupirs et vous devez la conserver comme une chose à part et sacrée, comme un lieu ou même l'homme blanc peut savourer le vent parfum‚ par les fleurs des prairies.
A cause de cela, nous considérerons votre offre d'acheter nos terres. Si nous décidons de l'accepter, je mettrai une condition ; l'homme blanc doit traiter les animaux de cette terre comme ses frères. Je suis un sauvage et je ne comprends pas d'autre mode de vie. J'ai vu des millions de buffles en train de pourrir dans les prairies, morts à coups de feu par l'homme blanc, tirés depuis un train en marche.

Je suis un sauvage et ne comprends pas comment une machine fumante peut avoir plus d'importance qu'un buffle. Que serait l'homme sans les animaux . Si tous étaient exterminés, l'homme mourrait aussi d'une grande solitude spirituelle, parce que ce qui arrive aux animaux arrivera aussi à l'homme.

Ils doivent enseigner à leurs enfants que le sol sur lequel ils marchent sont les cendres de nos grands-pères. Ils doivent inculquer à leurs enfants que la terre est enrichie des vies de nos semblables, afin qu'ils sachent la respecter. Ils doivent enseigner à leurs enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, c'est à dire que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre arrivera aux fils de la terre. Si les hommes crachent par terre, ils crachent sur eux-mêmes. Nous savons cela ; la terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre. Tout est enlacé, comme le sang qui unit une famille. Tout ce qui arrive à la terre, arrivera aux enfants de la terre. L'homme n'a pas tissé la trame de la vie, il est seulement un fil. Ce qu'il fait avec la trame, il le fait à lui-même. Même pas l'homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui, d'ami à ami, reste exempt du destin commun, après tout, peut-être sommes-nous frères. Nous verrons bien.

Nous savons une chose que l'homme blanc découvrira un jour : notre dieu est le même dieu. Vous pouvez penser maintenant qu'il vous appartient, de la même façon qu'ils désirent que nos terres leur appartiennent : mais ce n'est pas ainsi. Il est le dieu des hommes et sa compassion se partage également entre le Peau Rouge et l'homme blanc. Cette terre a une valeur inestimable pour Lui, et si elle est endommagée, cela provoquera la colère du Créateur. Les blancs s'éteindront, peut-être avant les autres tribus. Car si l'on contamine les lits des fleuves, ils périront une nuit noyés dans leurs propres résidus. Ils cheminent vers leur destruction entourés de gloire, inspirés par la force du dieu qui les amena sur cette terre et qui, par un quelconque dessein particulier, leur donna la domination sur elle et surtout sur le Peau Rouge.

Ce destin est mystérieux pour nous, nous ne comprenons pas pourquoi on extermine les buffles, pourquoi on dompte les chevaux sauvages, que l'on sature les coins secrets des bois avec le souffle de tant d'hommes et que l'on remplit le paysage des exubérantes collines avec les câbles parlants. Où est donc le terrain couvert de bruyères ? il est détruit. . Où est donc l'aigle ? il a disparu. Ainsi se termine la vie et commence la survie.

Chef Seatle

 


LE TESTAMENT DE SIERRA DE LEGUIZAMON

Ce testament du 16ème siècle dirigé aux rois espagnols dit essentiellement : « Moi, le capitaine Mancio Sierra de Leguizamon, voisin de cette grande ville de Cuzco et étant le premier qui y entra à l'époque de la découverte et de la conquête, déclare, avant de commencer mon testament, qu'il y a de nombreuses années que j'ai voulu mettre au courant Votre Majesté, le roi Philippe II, de ce que j'ai vu pour la bonne raison que j'ai pris part à la découverte, à la conquête et au peuplement de ces royaumes.

Quand nous avons enlevé ces royaumes aux Incas, qui étaient ceux qui les possédaient, nous avons constaté qu'il n'y avait aucun voleur chez eux, ni d'homme vicieux ni paresseux, ni de femme adultère ou ayant de mauvaise conduite, et les hommes avaient des occupations honnêtes et profitables. Ainsi les terres, les montagnes, les mines, les prairies, la chasse et les bois ainsi que toute forme de profit était gouverné et reparti de telle façon que chacun connaissait et avait sa ferme sans que personne ne cherche à l'occuper ou à se l'approprier, la dispute n'existant pas entre eux.

Les affaires de la guerre, bien qu'elles fussent nombreuses n'empêchaient pas les affaires de commerce ni celles concernant le labour et la culture de la terre. N'importe qui du plus grand au plus petit avait son ordre et sa place. Les Incas étaient craints, obéis, respectés, honorés de leurs sujets, reconnus comme gens très capables et sages. Pour pouvoir les assujettir ou les opprimer au service de Notre Dieu et leur enlever leurs terres et les mettre sous le pouvoir de la couronne royale il fallut leur enlever complètement le pouvoir, le commandement et leurs biens par la force des armes. Moyennant ceci et Dieu Notre Seigneur l'ayant permis, il nous fut possible d'assujettir ce royaume si grand et si riche de telle façon que nous fûmes de ces hommes des serfs, lorsque, nous Espagnols, étions si peu nombreux.

Je veux que Votre Majesté Catholique comprenne que l'intention qui me motive à faire cette démarche est de quitter le poids de ma conscience, parce que je me sens coupable de ce que nous avons fait. Parce que nous avons mené la conquête contre des gens d'une telle sagesse qu'ils ont naturellement, qu'ils n'ont jamais commis de délits ni d'excès ni d'exagération à un point tel que celui qui avait cent mille pesos d'or et d'argent dans sa maison pouvait la laisser ouverte, il mettait seulement un balai ou un petit bâton en travers de la porte, pour signaler que le propriétaire n'était pas là ; et avec cela, selon la coutume, personne ne pouvait entrer ni prendre quoi que ce soit de ce qu'il y avait.

Et quand ils virent que nous mettions des portes fermées à clef à nos maisons, ils comprirent que c'était à cause de la peur que nous avions à leur égard, s'imaginant que nous pensions qu'ils voulaient nous tuer, mais sans penser qu'il était possible que l'un de nous prenne quelque chose ou s'empare de la ferme d'un autre. Et de cette façon, quand ils virent qu'il y avait entre nous des voleurs et des hommes qui incitaient leurs femmes ou leurs filles à pêcher, ils nous tinrent en peu d'estime vu le mal que nous leur avons fait dans tous les domaines. Ainsi, en offense à Dieu, ce royaume tomba de telle façon, qu'à cause de nos mauvaises coutumes, les Indiens passèrent d'un extrême qui consistait à ne rien faire de mal à l'autre extrême qui fut de ne rien faire ou faire peu de bonnes choses.

Cette situation nécessite un remède et ceci en revient à Votre Majesté, et si vous ne le faites pas, le compte en reviendra à votre royale conscience, à la mienne et à tous ceux qui ont conquis et dominé ces gens qui étaient des rois et des seigneurs si obéis et si riches, ayant beaucoup de sagesse comme tous les Incas. Et maintenant eux-mêmes et leurs successeurs sont désormais si nécessiteux et misérables qu'ils sont devenus les plus pauvres du royaume, et pas seulement cela, ils veulent aussi les obliger à ce qu'ils nous servent en basses besognes comme charger et porter des poids lourds de part et d'autre, à nettoyer et balayer nos maisons et porter les ordures dans la rue, charges de fumier et d'autres choses encore plus viles.

Et ils se permettent bien d'autres choses encore et il serait bon que Votre Majesté le comprenne et y remédie pour décharger sa conscience et celle de ceux qui ont découvert, peuplé et ont permis que toutes ces choses aient pu avoir lieu. J'avertis Votre Majesté que je ne veux pas être un élément de plus dans ce préjudice, par cette démarche je supplie Dieu qu'il me pardonne ma faute et que c'en est là l'occasion. Je confesse que j'eus cette faute, que je l'ai et le redis à nouveau en voyant que je suis le dernier de tous ces découvreurs et conquérants qui meurs aujourd'hui, et parce qu'il est notoire aussi qu'il n'y a plus personne d'autre que moi dans ce royaume et en dehors parmi tous ceux qui y sont allés. Par ce geste, je laisse donc entendre que j'ai déchargé ma conscience, je commence mon testament de cette manière..."

Mancio Sierra de Leguizamon

 


L'AUTRE VERSION

La mission de l'histoire officielle est triple : nous couper notre accès au passé, justifier comme civilisation l'assaut de l'envahisseur, et nous convaincre de notre sauvagerie". "L'histoire qu'on nous enseigne exalte l'assaut européen sur tous les continents. Elle essaie de graver, d'imprimer, dans notre esprit cette version oppressive : seulement le Blanc possède toutes les qualités humaines, nous nous humanisons dans la mesure où nous nous approchons de lui. C'est à dire, dans la mesure où nous nous laissons coloniser. L'Europe nous fait croire qu'il n'y a qu'une seule civilisation humaine qui peuple la planète Terre avec au sommet la race blanche européenne.

Cette légende décrit la race européenne forte, intelligente, belle, morale. Non seulement comme la race la plus civilisée sinon comme la civilisation par elle-même. C'est une échelle unique pour mesurer les autres peuples du monde, lesquels ainsi comparés par force apparaissent comme des races faibles, stupides, laides, immorales, enfin, non civilisées.

L'histoire de l'humanité fut rétrécie à une séquence schématique recommandée. La fiction par chapitres commence par les pyramides d'Égypte, pour émigrer en exode messianique à la terre promise irriguée par les fleuves Tigre et Euphrate, et s'affirmer dans la Méditerranée avec les Assyriens, les Perses, les Phéniciens, ensuite elle se consacre en Grèce Classique, se magnifie dans la Rome Impériale, se purifie dans la longue nuit sainte du moyen-âge, s'humanise avec la renaissance et l'époque des lumières, se démocratise avec la révolution française, devient technique dans le nord de l'Amérique, se sauve dans les deux guerres mondiales, se socialise en Russie et se lance aujourd'hui, en coexistence pacifique, à la "conquête" du Cosmos".

L'Europe dégrade les histoires des peuples qu'elle colonise. Elle divise et hiérarchise les âges de l'humanité à l'âge de pierre, de fer, de préhistoire et d'histoire. Toutes sont des sections européennes. L'usage du métal, de l'écriture, de la propriété, des armes offensives, de l'argent, tous au style européen, sont convertis en symptômes de grade de civilisation de n'importe quel peuple, dans n'importe quel continent. Même la destruction de la balance naturelle est un signe de progrès.

Pour ne pas avoir les vices européens nous sommes classifiés de barbares par la division européenne de l'histoire en époque ancienne, moyen-âge, moderne, contemporaine. Le manque permanent d'éducation convainc que la culture est européenne, blanche, et que l'ignorance est andine, indienne, et ainsi les Espagnols cultivés vinrent nous civiliser. Quand ils ne trouvent pas une étiquette "scientifique", c'est à dire européenne, pour une parcelle de notre être, ils ne sont pas tranquilles et sont incommodés.

Au lieu de ressentir le chatouillement de l'investigateur devant le mystère, ils se sauvent de l'écueil en nous tachant de sauvages. Simplement parce que nous ne coïncidons pas avec la vie européenne.

L'Indien est l'éternel éduqué, le blanc l'éducateur. L'Indien est celui qui doit être discipliné, le blanc celui qui fait la discipline. Toute campagne d'alphabétisation est campagne de conquête". "L'histoire que nous devons apprendre, se rapporte à combien de maîtresses a eu Napoléon pour ne pas apprendre comment nos communautés arrivèrent à modeler la pierre, à fleurir les déserts, à s'intégrer à l'harmonie cosmique". "étant convaincus que la culture est européenne, ils adorent servilement l'Europe capitaliste ou marxiste.

Dans les universités on enseigne le corps humain avec des livres traduits il y a longtemps du français ou de l'anglais. Ils ignorent les livres de médecine des Mayas, de la médecine naturelle andine". Ils valorisent les gens pour leur érudition, à savoir le nombre de mots étrangers répétés et par leur position de divorcés par rapport à leur divorce de l'Amérique ancestrale". Dans les colonies américaines être cultivé c'est être envahi. On méprise les propres écoles, et ils préfèrent envoyer leurs fils dans des écoles étrangères. Tandis que plus on étudie un Indien, plus on a honte d'être Indien.

Ramiro Reynaga

 


PAROLES DE SAGESSE

Il semblerait que les Vieilles Coutumes ne puissent plus apporter de moyens de survivance spirituelle dans le monde blanc vicieusement désharmonisé. On pourrait croire que les Vieilles Coutumes sont une faible défense contre l'attaque des pratiques étrangères au "monde naturel". La plus grande partie d'entre nous considère l'assaut culturel et spirituel des Blancs comme une force diluante ou débilitante. Nous croyons qu'il est davantage nécessaire de protéger les Coutumes plutôt que de laisser qu'elles nous protègent.

Il est vrai que les Vieilles Coutumes nous ont été léguées pour une époque que nos ancêtres n'auraient pu imaginer. Ainsi, lorsqu'on les intègre complètement, quand on se remet totalement à elles, les Vieilles Coutumes nous rendent invulnérables. Grâce à elles, nous ferons plus que survivre dans le monde blanc, nous le comprendrons davantage par rapport à ce qu'en font les Blancs. Nous ne devons pas seulement chercher l'application des Vieilles Coutumes au "monde moderne" mais aussi le comprendre dans son contexte.

Nous nous ouvrons comme l'air, et le monde passe à travers nous comme le vent. Le monde fait partie de nous comme le vent fait partie de l'air. Nous n'avons pas de frontières, nous sommes ce que nous expérimentons, nous savons, nous ressentons, et cela entre en interaction avec le tout, en nous faisant appartenir à la terre entière. Nous ne cherchons pas à déterminer notre forme, mais nous pouvons la laisser se modeler à travers le rythme particulier de la conscience tribale qui crée notre perception, qui nous crée nous mêmes. Nos corps grandissent, et ne se déploient pas sous l'effet d'une élection et d'une décision, pas plus que le feraient nos esprits.

Dans des conditions de convulsion, des actes en dysharmonie et destructifs apparaissent. A travers les Vieilles Coutumes, nous somme en harmonie avec toutes les circonstances. Le développement correct et harmonieux d'une action peut toujours apparaître en nous tant que nous sommes en contact avec notre intériorité. N'importe quelle existence nous imprègne, par conséquent, nous connaissons la dimension sacrée de tout être. C'est une connaissance qui ne peut pas être énoncée distinctement, car celle-ci n'est pas inhérente. C'est quelque chose de sacré qui ne peut pas être analysé, ni défini, absolue en elle-même, sans signification au-delà d'elle-même.

Tout est situé au centre de l'univers. Tu es le centre, le point de mire, de convergence de la Terre qui coule en toi, et aussi physiquement et spirituellement : l'air, l'eau, les êtres vivants qui te nourrissent, qui se fondent dans ton existence. Tout est défini en relation à toi. La lune est elle-même dans son propre centre, autant que le pin, le rocher, la brise, le tonnerre. Ils ne sont pas l'un ou l'autre, ni même autre chose de la même espèce. Chaque pin particulier a sa propre disposition unique et sacrée d'aiguilles, de branches, d'écorce. Le soleil, l'eau, le sol, le vent créent la forme des pins. Mais la forme de chaque pin n'est pas définie ni par sa similitude ni par sa différence d'avec les autres pins : elle est absolue, ce n'est pas une chose, c'est un processus, comme nous.

Le Grand Esprit n'est pas en nous ni hors de nous. Les Vieilles Coutumes ne sont ni imposées de l'intérieur, ni crées de l'intérieur, mais sont un rythme tribal particulier qui nous maintient dans le courant de la Vie. Comme l'air qui se déplace avec le vent, celui qui suit les Vieilles Coutumes reçoit un grand pouvoir qu'il ne contient pas ou ne peu créer. Les Américains qui ne sont pas originaires de ce continent - étant donné que la majeure partie est déséquilibrée spirituellement - sont opposés à agir selon les lois du Grand Esprit. Bien que, pour goudronner notre Mère ou pour construire leurs immeubles, il faille adhérer d'une certaine façon aux "lois de la nature". Et s'ils ne le font pas, leurs immeubles suivront ces "lois" en s'écroulant. Personne ne peut s'éloigner du Grand Esprit, et si une personne agit de façon irrévérencieuse et sans conscience, elle devient un déchet spirituel (et peut-être physique) à cause du déséquilibre créé. C'est comme si on déviait du chemin pour aller au bord d'une haute falaise, on ne viole pas la Nature, mais cela peut conduire à la mort.

La majeure partie des Américains qui ne sont pas originaires de ce continent sont emprisonnés dans des processus qu'ils ne comprennent pas, auxquels ils ne peuvent s'adapter, et qui les détruisent spirituellement et physiquement. Ils refusent de comprendre que le fait d'essayer de contrôler la Machine qui les contient totalement n'est qu'une illusion. Et, comme membres de notre espèce, ils alimentent l'idée qu'ils doivent nous avertir sur ce que nous pourrions devenir.

Toute notre existence est faite de révérence. Nos rituels renouvellent l'harmonie sacrée que nous sommes. Chacun de nos actes - manger, dormir, respirer, aimer - est une cérémonie qui rappelle notre dépendance en relation à la Mère Terre et notre parent‚ avec tous ses enfants. Les chrétiens séparent ce qui est spirituel de ce qui est physique, ils mettent leur religion dans un compartiment et jugent le monde physique comme mauvais et le prennent pour la vulgaire préparation d'un monde à venir.

Au contraire, nous reconnaissons le spirituel et le physique comme ne faisant qu'un. Loin des dichotomies occidentales entre Dieu et l'humanité, Dieu et la nature, la nature et l'humanité, nous sommes proches, par l'intimité et la chaleur du cœur, de la mère Terre et du Grand Esprit. A la différence du dogme chrétien qui établit que l'homme est mauvais par nature et qu'en même temps il a été promu en tant que maître de droit divin sur la Terre, nous savons que, par le fait d'appartenir à notre Mère sacrée, la Terre, nous sommes également sacrés.

Se conformer aux Vieilles Coutumes signifie vivre avec le sens du sacré, se soutenir et marcher droit, respecter nos frères et sœurs des différentes nations et espèces. C'est nous ouvrir comme l'air, comme le ciel, afin de connaître les montagnes, les eaux, le vent, les étoiles du ciel, les plantes et les animaux à quatre pattes, à six pattes, sans pattes, et les êtres ailés. C'est respecter les usages sacrés quand on doit tuer, quand on doit éviter la souffrance, quand on connaît l'amour, la douleur, la colère et la joie, quand on doit mourir.

Tout ce qui nous est donné par le Grand Esprit est sacré : la vie, la mort, le désir d'éviter la mort et le désir de la recevoir, la peine, la faim, la colère, la croissance. Pour vivre en harmonie avec la Terre et avec toute la vie, nous n'avons pas recours aux jugements de valeur des occidentaux, qui isolent ce qui est étiqueté comme "bon" : la vie, l'amour, ce qui est agréable, en évitant le "mauvais" ou la difficulté : l'obscurité, la colère, l'incommodité, la souffrance ou la mort. Être en harmonie avec la mort d'un être cher, par exemple, c'est connaître la souffrance - ne pas la supprimer, ni la nier ou la fuir - mais couler avec elle, grandir avec elle, se submerger en elle et la célébrer.

Les modes de vie de chaque nation permettent l'expression de ce qui est "négatif" de façon à ce que chacun puisse maintenir constamment son équilibre et son harmonie. " C'est un bon jour pour mourir !" crie le Dakota dans une bataille. Pour mourir à la hauteur de la vie, pour transcender les conflits, pour s'offrir dans une chance d'auto-immolation rituelle, pour unir la vie et la mort en une exquise pureté. De la même façon que l'extrême violence de soi-même dans la Danse du Soleil représente une libération ou une révélation, l'extase est dans la rencontre explosive de la vie et de la mort, de la douleur et du plaisir.

La mort fait partie de la vie, et toute vie naît de la mort. Nous tuons et nous mourons avec la conscience et le respect de ce qui est sacré. Quand nous devons tuer des animaux et des plantes, nous le faisons avec révérence, respect, gratitude et amour, et avec la conscience que nous les payerons avec nos propres corps. Nos corps ne nous appartiennent pas mais appartiennent à la Mère Terre. Elle nous permet de vivre grâce à d'autres fils qui sont aussi les siens. Elle est en nous quand nous absorbons ses corps et quand nous nous donnons à notre tour pour eux. Après notre mort, nos corps retournent à notre Mère et à ses fils qui nous ont prêté la vie, et nos esprits se fondent dans le courant de la conscience-énergie, comme une vague qui reflue vers le rivage. Tous les êtres vivants s'appartiennent mutuellement, car nous ne sommes pas séparés, nous sommes des dynamismes ou des étapes d'un processus. Il n'y a pas de mort, seulement une transformation.

Il y a une grande différence entre les conceptions occidentales et les conceptions indiennes du temps. La perception occidentale est dans un temps linéaire et progressif : ils se déplacent au long d'une ligne, avec le passé derrière et le futur devant, et espèrent avancer, progresser : "Tu as six ans, arrête de te comporter comme si tu étais un enfant de deux ans". " Il nous a coûté un million d'années pour sortir de la boue et maintenant nous triomphons en allant à la
lune". Chaque moment est considéré comme une étape en relation avec les autres. Chaque moment est supérieur aux moments précédents, mais pas aussi agréable que celui qui le suivra.

Cette progression du temps pousse la majeure partie des non-Américains à renier le Grand Esprit, non progressiste, et la Mère Terre. Ceci est à l'origine du comportement tyrannique et prétendument rationnel des adultes en relation avec leurs enfants - souvent ceux-là nous appellent "enfants" comme euphémisme à la place de "sauvages" - Ceci montre la façon aveugle et frénétique avec laquelle ils ont l'habitude de poursuivre les espèces "inférieures" et c'est aussi une tentative de leur part pour détruire les peuples tribaux. Le mot "primitif" dérivé de la même racine que "premier" signifie un état antérieur en opposition à l'état "avancé", développé. Ainsi un peuple tribal est jugé en fonction de ce que les occidentaux croient qu'ils devraient finalement arriver à être - "Mais cette évolution nécessite qu'on l'aide" - soupirent-ils, piaffant d'impatience face à la lenteur avec laquelle ces êtres arriérés acceptent le Progrès nécessaire.

Malgré l'existence des structures sociales et économiques "primitives", l'occident définit "primitif" et "développé" en termes de technologie. Et l'utilisation interchangeable des termes "primitif" et "tribal" crée l'affirmation implicite que si la technologie arrive à être plus complexe, les formes tribales disparaîtront. De la même manière que l'occident s'est servi de ces prémices pour justifier l'exploitation coloniale et l'impérialisme culturel, cette affirmation est devenue une prophétie vérifiée.

Notre perception du temps est, au contraire sphérique, il n'y a ni passé ni futur, car ceux-ci font un avec le présent, chaque moment du temps est propre à lui-même, il est l'unique interaction des hasards infinis depuis le commencement du temps et il a des conséquences infinies. De la même manière que chaque point de l'espace est le centre de l'univers, chaque moment est le centre du temps, c'est l'instant précis et unique pour lequel la Terre s'est préparée depuis son origine.

Rien ne progresse, ni n'avance, ni ne s'améliore. Tout est en tout ce qui a été et ce qui sera. Un arbre de trois pieds de haut n'est pas supérieur ni inférieur à un qui mesure trente pieds. Rien n'est jamais ni supérieur ni inférieur à ce qu'il fut ou sera. Si les Européens étaient arrivés des centaines de siècles après, ils auraient trouvé parmi nous une technologie plus complexe, mais nous n'aurions pas été supérieurs à ce que nous sommes maintenant. La technologie est une forme très superficielle de développement. Un peuple tribal, pour lequel la spiritualité prime sur tout, expérimente chaque chose nouvelle ou ancienne en fonction de son harmonie spirituelle et sociale. C'est à son propre pas que ce peuple l'assimilera ou la repoussera en accord avec son rythme spirituel.

Tout cela ne représente pas nos culture. C'est la base à partir de laquelle nos cultures se développent. Nous ne créons pas nos nations, et celles-ci ne nous arrivent pas non plus de l'extérieur. Elles sont modelées à partir de la forme brute de notre extase, c'est à dire, qu'elles viennent du Grand Esprit. Être conscients de l'existence est terrifiant et sacré. Notre conscience réfléchit sur elle-même : les mots ne sont pas donnés. Le verbe doit être traité avec respect, sinon, son pouvoir peut ne plus être contrôlé et à ce moment-là agir pour le mal. Mentir était impensable selon les Vieilles Coutumes, car abuser du mot, c'est mettre en danger la nation. Ceux qui n'ont pas de respect envers le mot créent des mondes qui les enferment et dans lesquels ils vivent alors de façon permanente. C'est de cette façon que la majeure partie des non-Américains d'origine s'auto-convainquent que leur espèce est le nombril et la finalité du monde, et que tout le reste est subordonné et insignifiant.

Le mot ne contient pas la vie de ce qu'il reflète ; c'est comme le verre qui concentre le rayon de lumière. J'oriente le verre vers n'importe quelle chose et contemple à travers pour voir ce que je désigne. Mais la portée du mot est limitée et c'est pour cela que le chant nous a été donné. Il naît comme une vague qui coule en nous, individuellement ou collectivement, en un moment précis de la conscience unifiée. Par le chant, nous résonnons avec le pouls de la Terre. Le chant est éternel. Pour cela la cérémonie nous a été donnée par la sacralité qui nous entoure, en nous étendant dans toutes les directions. Par la cérémonie, ce qui est sacré prend forme, bien que la cérémonie soit limitée dans le temps. Mais nous avons notre conscience individuelle qui nous permet de sentir, d'acquérir de l'expérience et des connaissances, de telle façon que, en tant qu'individus, nous sommes de toute la terre et de tous les temps.

Il importe peu qu'une nation soit vieille de plusieurs millénaires. Si elle est nouvelle, elle se crée, elle s'épand. Le langage, les mythes, les légendes, les chants, les cérémonies, l'art, sont à un moment donné les manifestations de la conscience tribale et les instruments de sa créativité. Dans nos mythes et nos légendes, il n'y a pas de distinction entre l'histoire physique et l'histoire spirituelle parce que cela n'aurait pas de sens.

Si nous avons créé des mythes et des traditions qui, par exemple, attribuent vie à une rive, si nous agissons et pensons de cette manière, nous ne nous opposons pas à la réalité. C'est pareil que de sculpter un cerf dans un morceau de bois, nous ne sommes pas en train d'imposer au bois une forme étrange. Le travail du sculpteur, en fonction des caractéristiques spéciales de ce bois, crée une vie qui existe dans sa tête et qui est effectivement bien réelle. Le degré de "réalisme" avec lequel une oeuvre d'art est vue, importe peu, son image n'existe pas sauf chez l'observateur, ce qui ne la rend pas moins réelle et vraie. Les occidentaux s'efforcent de voir les choses sous une forme "réaliste" et par conséquent ils confondent leurs perceptions avec la réalité. Donc, étant donné qu'ils voient si peu et comprennent encore moins, ils ont été induits à créer le concept ridicule de "surnaturel" - littéralement, au-dessus de la nature - et ils ont ensuite eu l'audace d'appliquer ce mot aux religions des peuples tribaux qui savent que la nature englobe tout.

Notre adversité ne nous appartient pas seulement mais elle est aussi celle de notre Mère et celle de tous ses fils, même le bipède blanc. Ce qui importe maintenant c'est la solidarité au sein de toute l'espèce humaine, pas seulement inter-tribale. Nous ne pouvons pas protéger les Vieilles Coutumes en nous recroquevillant isolés dans notre indianisme. Les Vieilles Coutumes ne peuvent pas se contourner, les formes extérieures de notre religion sont de simples instruments. Les Vieilles Coutumes sont les moyens de réaliser une osmose totale avec la Terre, et nous ne pouvons maintenant pas la déserter.

Nous sommes surtout opprimés sur le plan spirituel. Répliquer en harmonie avec nos conditions physiques actuelles consiste à présenter certaines formes de résistance physique .Nous devons consolider nos cœurs, nos esprits et nos âmes, et ceci signifie refuser à nous soumettre à des moyens d'oppression : la privation matérielle, la tyrannie bureaucratique, la dégradation et l'expropriation de notre Mère la Terre. Mais reconstruire les nations indiennes exige davantage que la résistance à ces moyens. Seuls ceux qui restèrent fidèles aux Vieilles Coutumes, qui comprennent que celles-ci sont en évolution, que les "nouvelles manières" viennent aussi du Grand Esprit et qu'elles sont par conséquence contenues dans les Vieilles Coutumes ; seuls ceux-là qui évitent d'accentuer ou de craindre automatiquement les "nouvelles manières", ceux-là seuls survivront en tant que nation.

Chacun de nous doit connaître sa nation, son langage, ses mythes, son histoire, ses cérémonies et ses coutumes. Les vieilles religions et les coutumes tribales constituent le cadre de référence qui nous permet d'absorber les nouvelles manières. C'est de notre propre fort intérieur que nous créons les prophètes et les chefs spirituels qui vont guider chaque nation pour qu'elle continue sa propre vie à travers de nouvelles circonstances. Cher Peuple, il n'y a pas de monde "moderne". Il n'y a pas de monde blanc, il n'y a que le monde du Grand Esprit et le monde de la Mère Terre. C'est grâce aux Vieilles Coutumes que nous connaissons cela, et c'est seulement par elles que nous pourrons survivre en tant que peuples et en tant que nations.

Cher Peuple, j'écoute ces voix dans la ville. Elles ne me viennent pas seulement au travers de la pluie ou par les petites fissures qu'elles font sur la superficie du concret. Elles s'expriment aussi dans les lézardes des piliers de ciment qui ont la forme des arbres en hiver, et par les arcs-en-ciel des flaques d'huile dans les rues.

J'ai parlé.

 

 


LE RETOUR DE L'HOMME ROUGE

Une ancienne tradition raconte, que chacune des régions et des points cardinaux de la Mère Terre sont connectés ou vibrent avec une couleur spéciale. L'Europe et le nord, avec le blanc ; l'Afrique et le sud, avec le noir ; l'Asie et l'est avec le jaune ; l'Amérique et l'ouest, avec le rouge. Avec le bleu (unificateur) des mers et de l'espace, les cinq couleurs basiques se complètent, à partir de l'union desquelles prend forme notre nature complémentaire.

Chacun d'eux a eu sa splendeur dans des temps différents. La dernière époque fut la renaissance du blanc, de l'Europe et de tout ce qui était au nord ; de la même façon les autres ont eu leur temps d'apogée, de plénitude et de décadence. Aujourd'hui nous vivons le retour de l'homme rouge, la renaissance de l‘Amérique. Maintenant c'est son tour de donner un nouvel apport à l'humanité, à la science, à la sagesse. Ce surgissement coïncide avec un autre retour, de tout ce qui est féminin et de la connaissance sacrée.

Cela fait partie du savoir profond, de la planification du temps et de l'espace de l'interaction de l'énergie infinie et intemporelle. Reviennent la connaissance cosmique et millénaire, la sagesse transcendante, la science céleste et tellurique, le savoir initiatique ; c'est à dire les lois universelles et naturelles, que tous les peuples de tradition de l'humanité ont atteint, et qui est le fruit de la pénétration mutuelle et de la fusion avec l'intelligence suprême.

Les êtres de sagesse et de connaissance reviennent, ils furent appelés de différente façon en accord avec leur lieu d'origine et à leur niveau de profondeur ! Men (Mexique) ; Piaches (Venezuela) ; Pakos, Altomisayos, Laikas, Wakakue (Pérou) ; Yatiris, Kallawayas, Challapatas (Bolivie) ; Teguas, Inganos (Colombie) ; Yachak, Uwishus (Équateur)...

La connaissance revient à avoir une conception unificatrice, multilatérale, totalisante. La connaissance antérieure revient et se réajuste en ces temps nouveaux, elle se raccommode pour donner un apport et contribuer à construire une nouvelle humanité. Ce n'est pas un retour au passé, mais un retour du passé au présent, dans ce tissage constant.

C'est le moment de reparler avec les pierres, les plantes, les animaux ; de retrouver le lien sacré avec les montagnes, les fleuves, les cascades, les vallées : pour récupérer la connexion avec l'esprit de l'eau, du feu, du vent, de la terre ; pour retrouver les processus d'augmentation de la conscience et accéder à d'autres réalités invisibles ; pour dépoussiérer dans l'esprit toute la science et la technologie matérielle et subtile développées par les grands-pères ; pour revivifier les retrouvailles telluriques avec tous les êtres ; pour s'initier à nouveau au processus de fusion cosmique.

L'essentiel revient, parce que seulement ce qui est profond survit dans le temps et dans l'espace. Ce qui est sain revient, ainsi que ce qui est productif, transformateur, pour générer la vie. Nous revenons à nos racines de base, à nos sources premières, à une nouvelle époque d'epanoiussement, à de nouvelles germinations, à de nouveaux fruits et avons de nouveaux parfums. Nous avançons et nous reculons pour ne pas nous perdre dans le chemin ; pour ne pas nous croire supérieurs au Créateur, pour récupérer notre simplicité et humilité et être à nouveau naturels et "sauvages", c'est à dire, vivre en harmonie et cohérence avec notre véritable essence.

Ce changement s'inscrit dans le chemin rouge. Au début de cette décade la nouvelle lumière a franchi le seuil et a commencé à se répandre dans les cœurs les plus sensibles. Il n'est pas rare de découvrir de nombreux artistes, écologistes, écrivains, médecins, journalistes... curieux de découvrir, de retrouver les formes les plus subtiles et invisibles de la connaissance traditionnelle.

La Mère Terre est aussi en train de se préparer à ces retrouvailles, parce qu'un grand changement a commencé, dans les petits changements des différentes régions. Maintenant nous arrivons à un changement géologique de polarité (mouvement de procession), de réajustement, de nouvel accommodement de la Terre intelligente, comme faisant partie d'un processus propre et autonome de croissance et de maturation.

Les hommes et les femmes qui gardèrent la tradition, furent tout ce temps en train de se préparer à la renaissance. Quatorze générations ont transmis la culture initiatico-géocosmologique à leurs apprentis, jusqu'au moment de la mise à jour et de l'ample divulgation. Ce temps est arrivé, il est l'heure de rafraîchir à nouveau la mémoire des frères qui sont tombés dans l'obscurantisme et qui ont oublié petit à petit leur identité culturelle sur ce chemin.

On connaît ces messages où ces prophéties avec différentes variantes et noms dans les régions variées d'Amérique : dans le monde andin avec Le retour de Wirakocha et du Inkari, au Mexique avec le retour de Ketazkoalt, en Colombie avec le retour de Bochika et la Grande Maman, en Argentine avec La fleur du Ceibo, au Honduras avec Komizahual, au Panama avec Le Ibeorgun...

Toutes ces régions parlent de la même chose, d'un retour et d'une résurrection de l'homme rouge quand le soleil se lèvera au milieu de la nuit. La prophétie est en train de se réaliser de la même manière que l'ont vu les anciens, de la même façon qu'ils l'ont déchiffré dans le langage céleste, de la même manière que cela était écrit sur la carte cosmique.

Atawallpa Oviedo